Un beau matin…d’hiver. Le 19 juin ! Frais, franchement frisquet, même, quand le souffle s’est engouffré sur le Champ de…mars et a recouvert le ciel d’une ouate de suie. Une météo de chien, on vous l’assure, à ne pas mettre un coureur ou un coursier dehors par un dimanche de la mi-juin à l’heure des croissants. Sauf à ce que le téméraire soit de bonne composition et/ou de bonne volonté. Ca tombait bien, Drucker – « le père Michel »-, une soixantaine d’années et quelques printemps de plus au compteur, s’était porté volontaire pour, sur un vélo, reconnaître le parcours des « 20 Kilomètres de Paris ».
A 8h30 le voilà qui arrive avec sa bande de vieux complices ponctuels au rendez vous donné, le pilier Est de la Tour Eiffel. Gelé mais content, emmitouflé mais souriant, tombé du lit mais, comme toujours, parfaitement fringuant.
Trente minutes plus tard, la petite compagnie se lance : « On commence par le Col du… Trocadéro, note Michel, pas d’la tarte pour une entame».
Avenue d’Iéna, le « Troc », avenue Foch, porte Dauphine puis les premiers arbres du « Bois ». Ca défile doux. On chauffe les mollets, on oublie les feux rouges, il n’y a plus ni droite ni de gauche, c’est Paris en liberté, en somme. Et voici l’hippodrome de Longchamp, le temple des « Armstrong du dimanche » connu sur le bout des pédales par la Drucker’s team et dont l’interminable ligne droite est avalée au galop sur le grand plateau.
Roland–Garros, maintenant, la porte d’Auteuil, ensuite, avant que le boulevard Exelmans ne déverse toute la troupe sur la voie Georges Pompidou…interdite, même le jour du Seigneur, aux cyclistes à cette hauteur là de la traversée de Paris. La Seine coule à droite, les voitures roulent…à gauche et, en file indienne, pédalier au plancher le mini peloton ne demande plus son reste. Au pont d’Iéna, une « pointe » à 29km/h est décochée et Michel Drucker fait remarquer que le 9 octobre prochain ce sera démoralisant pour beaucoup de ceux qui, passant là dans ce sens vers la mi-course, « verront de l’autre de la Seine les meilleurs déjà en finir ». A la Concorde, les jambes commencent à peiner… heureusement que la traversée du pont du Carrousel rapproche de l’écurie.
Le Musée d’Orsay, la Chambre des députées, l’esplanade des Invalides, le musée du quai Branly laissés à main gauche, la Tour Eiffel, point final du périple, tend son long cou.
Dix heures et des broutilles ont sonné aux clochers de Paris. La moyenne ? 18, 19km/h, plutôt…moyenne au fond pour ces « rois de la petite reine » habitués aux folles envolées. A l’arrivée Yves Glaz, président de l’Ascair tend à Drucker le téléphone. Au bout du fil un autre « Michel » de première, Jazy, père fondateur des 20 kilomètres.
Un demi-siècle de connivence et d’amitié lie les deux compères.
« Un de mes premiers reportages au début des années 60 c’est au cross de Mézidon que je l’ai fait », se souvient « Michel 1 ». C’est « Michel 2 », justement qui avait gagné. Et le « père Michel » de conclure : « A l’époque, le prix remis au vainqueur cela avait été une tonne de…charbon ». La messe était dite.
Patrick Lemoine
Rédacteur en chef de l’Equipe |